Pourquoi les entreprises des sciences de la vie choisissent la Suisse pour se développer à l’international
À mesure que la concurrence internationale dans les sciences de la vie s’intensifie, la solidité d’un écosystème, plus que des incitations isolées, peut déterminer où l’innovation se transforme en impact durable.
Alors que les entreprises des sciences de la vie évoluent dans des marchés mondiaux de plus en plus complexes, le choix du lieu d’implantation ou d’expansion de leurs activités internationales est devenu une décision stratégique.
En Californie, le GGBa a rencontré des cadres dirigeants issus d’accélérateurs biotechnologiques, d’entreprises medtech et d’institutions financières afin d’échanger sur les stratégies de développement international et l’évolution du paysage européen de l’innovation.
Au fil des discussions, un constat s’est imposé : les entreprises souhaitant se développer au-delà des États-Unis ne recherchent pas simplement une présence géographique. Elles recherchent des écosystèmes capables de réduire les risques, d’accélérer l’exécution et d’offrir une stabilité à long terme. Dans ce contexte, la Suisse est fréquemment identifiée comme un point d’entrée pragmatique vers l’Europe.
Développer les sciences de la vie : au-delà de la science
Pour les entreprises actives en biotechnologie et en medtech, le développement à grande échelle ne dépend pas uniquement de l’innovation scientifique. Il est conditionné par l’accès au capital, la disponibilité des talents, la clarté réglementaire, les parcours de validation clinique et la prévisibilité des conditions d’exploitation.
Les dirigeants ont souligné que l’expansion en Europe demeure structurellement complexe. Contrairement au marché américain, l’Europe implique des entrées multiples sur différents marchés, des systèmes de remboursement différenciés et des environnements réglementaires variés. Dans ce paysage fragmenté, le choix du bon point d’ancrage devient déterminant.
Les entreprises évaluant une expansion européenne accordent ainsi la priorité à trois éléments clés :
- L’accès à des talents spécialisés
- L’accès à des capitaux de croissance
- L’accès à des infrastructures capables de transformer la recherche en résultats cliniques et commerciaux
L’écosystème suisse répond à ces critères à plusieurs niveaux.
Combler la « Vallée de la Mort » de l’innovation précoce
Un thème récurrent des discussions concernait le financement des entreprises des sciences de la vie en phase précoce. Si les capitaux d’amorçage sont souvent disponibles, la tranche critique de financement située entre la validation initiale et l’investissement institutionnel demeure difficile à sécuriser.
Les mécanismes publics suisses de soutien à l’innovation ont été cités comme un facteur différenciant majeur. Des programmes soutenus par l’État, tels qu’Innosuisse, offrent un appui substantiel aux phases précoces, permettant aux entreprises de franchir le cap entre la preuve de concept et le développement clinique. Comparé à des dispositifs de subventions plus limités ailleurs, ce niveau de soutien peut réduire significativement les risques techniques et financiers au moment le plus vulnérable du cycle de développement.
Pour les entreprises internationales, cela dépasse la simple disponibilité de financements. Cela reflète une volonté structurelle de soutenir l’innovation avant que le succès commercial ne soit pleinement démontré, un facteur qui renforce l’ensemble de l’écosystème.
Densité des talents et concentration scientifique
L’accès aux talents demeure un facteur déterminant dans les stratégies d’implantation.
La concentration d’expertise en sciences de la vie en Suisse, notamment à Bâle, Zurich ou au sein de la « Health Valley » de Suisse occidentale, crée un réseau dense de chercheurs, de cliniciens et de professionnels de l’industrie. Les universités et instituts de recherche forment régulièrement des diplômés hautement qualifiés dans des domaines avancés tels que les thérapies géniques et cellulaires, la santé numérique ou la médecine de précision.
Les dirigeants ont relevé que si la Suisse n’est pas toujours la localisation la moins coûteuse en Europe, la concentration d’expertise et d’expérience réduit les risques d’exécution. Pour des entreprises évoluant dans des environnements hautement réglementés et techniquement complexes, la qualité prime souvent sur les considérations de coûts.
En outre, la main-d’œuvre internationale et l’ouverture de la Suisse aux talents mondiaux rappellent les caractéristiques des principaux pôles d’innovation américains, offrant une familiarité culturelle et opérationnelle aux entreprises des États-Unis.
Crédibilité clinique et parcours d’adoption
Pour les entreprises medtech et celles orientées vers la clinique, les partenariats hospitaliers et l’engagement des médecins sont centraux dans l’entrée sur le marché européen.
Les institutions cliniques suisses ont été décrites comme avancées, dotées d’une solide réputation et ouvertes à l’expérimentation de nouvelles technologies. La possibilité de collaborer avec des hôpitaux de premier plan à Berne, Bâle ou Zurich permet d’établir une validation qui dépasse les frontières nationales.
L’organisation réglementaire suisse, l’alignement avec le marquage CE et la clarté des mécanismes de remboursement contribuent également à une intégration plus fluide des produits. La capacité à intégrer de nouvelles technologies dans les flux cliniques existants sans perturbation structurelle a été considérée comme un atout majeur.
Concrètement, la Suisse peut jouer à la fois le rôle d’environnement de lancement et de marché de référence. L’adoption au sein d’institutions suisses reconnues peut soutenir des stratégies de déploiement plus larges en Europe.
La stabilité comme avantage compétitif
Dans un secteur caractérisé par des cycles de développement longs, la prévisibilité est essentielle.
Les dirigeants ont mis en avant la stabilité politique et réglementaire de la Suisse comme un atout stratégique. Les cadres fiscaux et politiques sont perçus comme cohérents dans le temps, permettant aux entreprises de planifier leurs investissements et leur croissance avec davantage de confiance.
À l’échelle macro comme micro, la stabilité réduit l’incertitude. Les entreprises peuvent négocier des cadres à long terme et évoluer dans un environnement décisionnel prévisible, des conditions particulièrement pertinentes pour le développement d’activités intensives en capital dans les sciences de la vie.
Cette orientation favorable aux entreprises, combinée à une fiabilité structurelle, distingue la Suisse dans un contexte européen souvent marqué par des évolutions politiques et réglementaires.
La Suisse, passerelle et plateforme d’expansion
Au-delà de ses atouts domestiques, la Suisse est fréquemment perçue comme une passerelle.
Bien que ne faisant pas partie de l’Union européenne, la Suisse offre un accès aux marchés européens tout en maintenant un environnement réglementaire et opérationnel efficace et à vocation internationale. Cette relation a été encore renforcée en mars 2026, lorsque la Suisse et l’UE ont signé un ensemble complet d’accords bilatéraux renforçant la coopération dans les domaines de la santé, des programmes de recherche et des questions liées au marché, offrant une plus grande clarté juridique et une intégration approfondie avec les cadres européens pertinents pour les secteurs innovants. Pour les entreprises américaines, l’établissement d’opérations en Suisse peut faciliter un engagement européen plus large, tout en bénéficiant d’un écosystème concentré et performant.
Les dirigeants ont également relevé une proximité culturelle entre la Suisse et les principaux pôles d’innovation américains. L’esprit entrepreneurial, l’efficacité dans la création d’entreprise et l’ouverture à la collaboration internationale créent une familiarité opérationnelle.
En ce sens, la Suisse n’est pas seulement un marché de destination, mais une plateforme d’expansion.
Une logique d’écosystème plutôt que d’incitations isolées
Un enseignement majeur des discussions est que les entreprises n’évaluent pas des incitations isolées. Elles évaluent des écosystèmes.
Le capital sans talents est insuffisant. Les talents sans validation clinique sont limitants. La stabilité sans potentiel de croissance n’attire pas l’expansion.
- La force de la Suisse réside dans la combinaison de plusieurs facteurs :
- Un soutien public à l’innovation précoce
- Une concentration de talents en sciences de la santé
- Des institutions cliniques avancées
- Des cadres réglementaires et fiscaux stables
- Une orientation internationale
Ensemble, ces éléments créent un environnement dans lequel les entreprises peuvent passer de la recherche à la validation puis à la commercialisation avec moins de frictions.
Le rôle des facilitateurs d’écosystème
L’expansion internationale se fait rarement sans accompagnement local.
Lors de ses rencontres en Californie, le GGBa a souligné son rôle de facilitateur de connexions entre les entreprises américaines et les acteurs suisses pertinents. Cela inclut la mise en relation avec les autorités cantonales, les institutions de recherche et les partenaires industriels alignés sur leurs besoins stratégiques.
Plutôt que de positionner la Suisse à travers des arguments marketing, les discussions ont porté sur des trajectoires concrètes : où implanter ses activités, comment accéder aux programmes de financement, comment identifier des partenaires hospitaliers et comment structurer une croissance à long terme.
Pour les entreprises envisageant une expansion européenne, ce type d’accompagnement à l’échelle de l’écosystème peut accélérer la prise de décision et réduire les barrières à l’entrée.
Une base stratégique en Europe
Les échanges en Californie ne suggèrent pas que la Suisse soit la seule option pour le développement international dans les sciences de la vie. Ils mettent plutôt en lumière pourquoi elle est fréquemment considérée comme l’une des plus efficaces et stratégiquement cohérentes.
Dans un environnement mondial marqué par une concurrence accrue, une accélération technologique et une complexité réglementaire croissante, les entreprises privilégient de plus en plus les écosystèmes capables de combiner continuité du financement, densité des talents, crédibilité clinique et stabilité opérationnelle.
La capacité de la Suisse à intégrer ces facteurs la positionne comme un candidat solide pour les entreprises souhaitant se développer à l’international.