Pourquoi FACTORYYY a choisi le Marly Innovation Center pour lancer ses activités en Suisse
Une installation industrielle illustrant les environnements dans lesquels FACTORYYY intervient, en refabriquant des pièces détachées obsolètes pour ses clients des secteurs de l’énergie, du ferroviaire et de l’industrie. | © FACTORYYY
FACTORYYY, spécialiste français de pièces détachées, a choisi le Marly Innovation Center à Fribourg pour lancer ses activités suisses, ciblant l’énergie, le ferroviaire et l’industrie.
Nous avons récemment rencontré Sylvain Claudel, Dirigeant Fondateur de FACTORYYY, une entreprise strasbourgeoise spécialisée dans la refabrication de pièces détachées industrielles (neuves et identiques aux originales), quelle que soit la matière ou la technologie de fabrication, et même en petites quantités.
FACTORYYY s’attaque à l’un des problèmes les plus sous-estimés de l’industrie : des machines qui fonctionnent encore parfaitement mais deviennent inutilisables du jour au lendemain faute d’une seule pièce disponible.
L’entreprise a récemment établi ses activités suisses au Marly Innovation Center, dans le canton de Fribourg. Sylvain nous a partagé ce qui l’a conduit à choisir la Suisse.
Pouvez-vous nous présenter FACTORYYY et expliquer votre mission ainsi que votre vision du manufacturing de nouvelle génération ?
FACTORYYY est née d’une situation qu’on rencontre partout dans l’industrie, mais dont on parle assez peu : des machines qui fonctionnent encore parfaitement, mais qui deviennent inutilisables du jour au lendemain simplement parce qu’une pièce n’est plus disponible. Pas forcément une pièce complexe, parfois même quelque chose d’assez simple, mais devenu introuvable.
C’est précisément là qu’on intervient. On refabrique ces pièces à l’identique, en reprenant leur géométrie, leur matière, leur mode de fabrication, pour permettre aux industriels de continuer à exploiter leurs équipements sans être contraints de tout remplacer ou d’attendre des délais incompatibles avec leur activité.
Une grande partie de l’industrie fonctionne encore avec des modèles conçus pour un monde où tout était disponible. Ce monde-là n’existe plus vraiment.
Quand on parle de « manufacturing nouvelle génération », j’ai une vision assez pragmatique : il ne s’agit pas uniquement de produire mieux ou plus vite du neuf. C’est aussi être capable de maintenir l’existant de manière intelligente, avec les outils d’aujourd’hui.
Comment décririez-vous votre approche de la production industrielle et ce qui vous différencie des modèles traditionnels ?
Notre approche part du terrain, pas du catalogue.
Dans la grande majorité des cas, quand un client nous contacte, c’est qu’il est déjà sorti du cadre classique : plus de fournisseur, des délais qui ne tiennent plus, ou une solution proposée qui ne correspond plus à la réalité du terrain. On prend donc le sujet à la racine, on analyse la fonction de la pièce, son environnement, ses contraintes, puis on reconstruit une solution industrielle qui tient la route.
Quand une pièce disparaît, beaucoup d’acteurs s’arrêtent là. Nous, c’est précisément là qu’on commence.
Ce qui nous différencie, c’est que nous ne vendons pas simplement une pièce : nous redonnons une solution industrielle exploitable. Nous combinons reverse engineering, exigence technique et pilotage de production pour recréer une continuité là où elle s’est interrompue.
Pourquoi avoir choisi la Suisse, et plus précisément le Marly Innovation Center, pour lancer vos activités ?
La Suisse s’est imposée progressivement, presque naturellement, au fur et à mesure que le projet avançait.
Je cherchais un environnement capable d’accompagner une entreprise qui se structure, avec un niveau d’exigence élevé, une certaine stabilité, et une crédibilité qui dépasse le cadre local. Sur ce point, la Suisse est assez alignée avec notre positionnement.
La Suisse est exigeante. Ce n’est pas forcément l’endroit le plus simple pour s’installer, mais c’est justement ce qui en fait un bon choix quand on veut construire quelque chose de solide.
Le Marly Innovation Center a renforcé cette logique. Ce n’est pas seulement un lieu où s’installer, c’est un environnement qui donne du cadre, des connexions, une dynamique. Et accessoirement les montagnes ne sont pas loin, et le paysage est magnifique, été comme hiver.
Quels ont été les facteurs déterminants dans votre décision d’implantation ?
Il y a évidemment une dimension stratégique : la Suisse offre un cadre clair pour développer une activité industrielle à forte valeur ajoutée, avec une image de sérieux et de qualité qui correspond à ce qu’on veut construire.
Mais au-delà de ça, ce qui a vraiment compté, c’est la qualité des échanges. Dans un projet d’implantation, on passe beaucoup de temps à discuter, à comprendre, à ajuster. Et quand les interlocuteurs sont réactifs, structurés, capables d’aller droit au sujet, ça rend les choses beaucoup plus simples.
À un moment, ce sont ces éléments très concrets qui font la différence.
Comment évaluez-vous l’écosystème suisse en matière d’innovation industrielle et technologique ?
Ce qui m’a marqué en Suisse, c’est le lien très direct entre innovation et exécution.
On parle de technologie, bien sûr, mais toujours avec cette idée que ça doit fonctionner concrètement, dans des conditions réelles. Il y a moins de décalage entre le discours et la réalité opérationnelle.
Pour une entreprise comme la nôtre, qui travaille sur des problématiques très pratiques de maintenance et de fabrication, c’est un environnement dans lequel on se projette facilement.
Quelles sont vos priorités pour les premières années de développement en Suisse ?
Aujourd’hui, l’objectif n’est pas simplement d’être présent en Suisse, mais d’y construire quelque chose de solide.
Ça passe par le développement de relations locales, la compréhension du marché, l’intégration dans l’écosystème, et progressivement, la structuration de l’activité depuis cette base. On est dans une logique de construction, pas d’opportunité ponctuelle.
Nous sommes aussi en train de nous développer à l’international. Nous visons notamment les marchés allemand, anglais et d’Europe du sud.
En parallèle, on travaille beaucoup sur la manière de rendre notre savoir-faire plus fluide, plus rapide à mobiliser, sans perdre en exigence.
Quels types de clients ou de projets ciblez-vous actuellement ?
Nous ciblons des industriels confrontés à des problématiques d’obsolescence, de maintenance critique ou de rupture d’approvisionnement sur des pièces essentielles. Cela concerne en particulier des acteurs de l’énergie, du ferroviaire et de l’industrie.
Dans ces environnements, une petite pièce peut avoir un impact disproportionné.
Nous sommes particulièrement pertinents lorsque la refabrication permet d’éviter un arrêt, de prolonger la vie d’un équipement ou de sécuriser un besoin récurrent que le marché ne couvre plus correctement.
Dans quelle mesure la Suisse représente-t-elle un marché stratégique pour votre croissance ?
La Suisse est stratégique, mais pas uniquement en tant que marché.
C’est surtout un point d’appui pour structurer la suite. Un endroit à partir duquel on peut renforcer la crédibilité de l’entreprise, stabiliser son développement et préparer une phase de croissance plus large.
Je ne vois pas cette implantation comme une finalité, mais comme une étape importante.
Comment intégrez-vous les nouvelles technologies (automatisation, digitalisation, IA, etc.) dans votre approche du manufacturing ?
La technologie, chez nous, n’est jamais une fin en soi.
On utilise déjà des outils comme le scan 3D ou la métrologie pour comprendre et reconstruire des pièces avec précision. Mais le vrai sujet aujourd’hui, c’est le temps : le temps d’analyse, le temps de réponse, le temps de décision.
La prochaine étape consiste à accélérer l’analyse et le chiffrage. Une partie importante de notre métier est de transformer rapidement une demande incomplète en réponse technique et économique fiable : c’est précisément là que l’automatisation et l’IA peuvent créer beaucoup de valeur.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux défis du secteur industriel que vous cherchez à résoudre ?
Les mêmes problématiques reviennent très régulièrement.
L’obsolescence d’abord, souvent silencieuse, qui fragilise des installations encore parfaitement exploitables. Ensuite, la dépendance à des chaînes d’approvisionnement de plus en plus tendues. Et enfin, des situations où l’on remplace des ensembles complets faute de solution sur une seule pièce.
On travaille souvent dans des zones grises : pas de plan, pas de référence, pas de solution évidente. C’est inconfortable, mais c’est précisément là que se crée la valeur.
Prévoyez-vous de collaborer avec des acteurs locaux comme des hautes écoles, centres de recherche ou partenaires industriels ?
C’est une suite logique.
On est à la croisée de plusieurs sujets, qu’il s’agisse de procédés industriels, matériaux, données ou de l’automatisation, donc travailler avec des acteurs locaux, qu’il s’agisse de hautes écoles ou de partenaires industriels, fait partie des pistes naturelles de développement.
Quel rôle joue un lieu comme le Marly Innovation Center dans votre développement ?
Un lieu comme le Marly Innovation Center apporte bien plus qu’un cadre de travail. Il donne de la lisibilité, de la crédibilité et facilite l’intégration dans un écosystème.
Quand on lance une implantation, ce type d’environnement permet de gagner du temps, mais aussi de se projeter dans de bonnes conditions.
De plus, il réussit l’exploit de concentrer en un même endroit tous les besoins dont une structure comme la nôtre a besoin : des bureaux bien sûr, mais aussi un centre de recherche et un centre logistique, ainsi que des installations de vie.
Le Marly Innovation Center cochait vraiment toutes les cases. On n’aurait pas pu trouver mieux ailleurs.
Le recrutement est souvent clé dans une phase de lancement : quels profils recherchez-vous actuellement ?
À terme, nous aurons besoin de profils techniques capables de comprendre une pièce, son usage, son mode de fabrication et ses contraintes économiques. Nous aurons aussi besoin de profils business capables de dialoguer avec des interlocuteurs industriels exigeants sur des sujets concrets.
Dans notre métier, les meilleurs profils sont souvent ceux qui savent relier la réalité du terrain à la qualité d’exécution.
Quelles compétences sont aujourd’hui les plus critiques pour accompagner votre croissance ?
La capacité à comprendre rapidement un problème technique et à prendre une décision cohérente reste centrale.
C’est là que se fait la différence. Les outils viennent ensuite pour structurer et accélérer cette capacité, mais ne la remplacent pas.
Quelles différences percevez-vous entre les écosystèmes industriels suisses et ceux d’autres pays où vous êtes actifs ?
Ce qui me marque en Suisse, c’est la qualité générale de l’environnement : clarté, sérieux, cohérence des échanges, capacité à travailler dans un cadre lisible.
Dans d’autres pays, on peut trouver d’excellentes compétences, mais parfois avec plus de friction ou d’inertie. Pour une entreprise en phase de structuration, cette qualité d’exécution fait une vraie différence.
Comment les autorités locales ou les organismes de promotion économique vous ont-ils accompagnés dans votre implantation ?
L’accompagnement a été très concret.
Notre projet n’était pas le plus simple, et il nécessitait de coordonner plusieurs aspects, juridiques, administratifs, bancaires… dans un contexte suisse que nous ne maîtrisions pas du tout. Dans ces conditions, avoir des interlocuteurs capables de comprendre rapidement, de nous orienter et de fluidifier les étapes a été déterminant.
Le GGBa, la CCI France Suisse et la promotion économique du canton de Fribourg ont joué ce rôle, en apportant de la clarté là où il pouvait y avoir de la complexité.
Nous avons rencontré sur plusieurs cantons de nombreuses personnes qui ont toutes été à l’écoute et ont su nous proposer des solutions concrètes. Je profite pour les remercier vivement car sans eux, ce projet d’implantation n’aurait jamais pu aboutir.